[Cycle de conférences du LASC] Anna Dessertine : “La production des territoires extractifs en Guinée ou comment comprendre la présence de l’État à ses marges"

19/02/2019

“La production des territoires extractifs en Guinée ou comment comprendre la présence de l’État à ses marges”

19 février de 18h à 20h, Salle Wittert (bât. A1, Place du XX-Août 7, 4000 Liège)

Conférence de Anna Dessertine (Chaire d’Etudes Africaines Comparées de l’Université Mohamed VI Polytechnique / LESC-CNRS)

Cette intervention vise à analyser les dynamiques politico-spatiales en contexte minier aurifère guinéen, à partir de la reconfiguration des espaces miniers dans la région de la Haute-Guinée. Comme dans de nombreuses autres régions africaines, l’exploitation aurifère artisanale et industrielle s’y est considérablement intensifiée à partir des années 2000.
Jusqu’en 2015, la construction de campements temporaires était tolérée par le gouvernement, et de nombreux habitants – parallèlement agriculteurs – venaient tenter leur chance dans les mines d’or artisanales pendant la saison sèche, entre novembre et mai. Mais en 2015, des conflits entre orpailleurs et compagnies minières ont incité le gouvernement à détruire ces campements et à multiplier les opérations militaires d’expulsion des orpailleurs. Mon objectif est de partir de ces reconfigurations spatiales pour interroger l’autorité étatique dans cette région frontalière. Grâce à une ethnographie de plus de vingt mois entre 2011 et 2018, j’analyserai dans un premier temps les effets socio-spatiaux de la militarisation des espaces sur les activités d’orpaillage. La destruction des campements temporaires (ou la menace de la faire) a en effet entraîné l’émergence de nouvelles pratiques spatiales privilégiant des formes de mobilité journalière, l’expansion des pratiques de location et des stratégies de mobilités alternatives inédites dans la région. Dans un second temps, je questionnerai l’autorité étatique à travers la figure du militaire. Ces « corps habillés », dont la seule présence garantirait la puissance d’État, sont également régulièrement mobilisés par des compagnies minières pour la protection de leurs terrains, selon une logique de privatisaGabarits d'affichagetion des dispositifs étatiques. En partant d’une situation spécifique, celle de la reconfiguration des mobilités des orpailleurs et de la militarisation des espaces miniers, je vise ainsi à explorer différents modes de présence de l’État guinéen dans une région certes périphérique, mais aussi fortement intégrée dans des commerces transnationaux comme celui de l'or.