2012-2013

« Les nuits des Zapara : rêver, apprendre, construire »  

Le mardi 13 novembre 2012, de 18h à 20h
Anne-Gaël Bilhaut, docteur en ethnologie et anthropologie, chercheur post-doctorante au Lasc

Les Zápara d’Equateur (Haute Amazonie) ont investi le domaine onirique pour récupérer leur histoire, leur patrimoine, et pour faire des choix qui engagent la communauté. Avec moins de 500 membres, dans leur combat pour préserver leur territoire et revitaliser leur langue et culture, ils font appel aux ancêtres qui les guident et les informent dans le rêve, à la fois mode de relation, mode de connaissance et mode de résolution des affaires quotidiennes. Cette anthropologie de la nuit implique un engagement sur le terrain et une relation de confiance particulièrement importants qui seront également abordés lors de cette conférence.

 


 


« Relations société/nature et patrimonialisation de l’environnement dans un pays du Sud : ethnographie d'un parc naturel Unesco en Patagonie argentine »

Le mardi 11 décembre 2012, de 18h à 20h
Igor Babou, Professeur à l’île de la Réunion

Les processus de patrimonialisation des espaces naturels font apparaître une grande diversité de médiations sociales et discursives : multiplicité des acteurs impliqués (scientifiques, habitants, politiciens, ONG, UNESCO, associations sportives , etc.), empilements de strates juridiques, stratégies politiques et enjeux économiques, relations Nord-Sud, articulations entre échelles locales, nationales et internationales, interventions d’ONG, internationalisation et autonomisation de modèles professionnalisés du débat public participatif, etc. Ce contexte permet de comprendre comment se construisent les relations entre l’homme et la nature quand on les observe à partir d’une ethnographie de terrain attentive aux représentations et pratiques des acteurs.


 

 

« ''Montagne de la loi'' vs bulldozers du progrès : discours locaux, nationaux et internationaux autour d'un projet de mine en Inde ''tribale'' »

Le mardi 5 février 2013, de 18h à 20h,

Raphaël Rousseleau, Docteur en anthropologie sociale, Professeur à l’Université de Lausanne

 

Le massif montagneux des Niamgiri, en Inde (Etat de l’Odisha), est le lieu de résidence d’une population reconnue comme ‘tribale’ par l’Union indienne : les Dongria Kond. Son sous-sol abrite également un gisement de bauxite, le minerai de l’aluminium, particulièrement pur pour l’industrie. Avant d’être bloqué par une décision du ministère de l’environnement indien, un projet d’exploitation du gisement a déclenché un déchaînement de discours contradictoires, que l’on peut diviser en deux grandes catégories. La compagnie et l’Etat insistaient sur la nécessité du ‘développement’ de la région, tandis que les associations locales et de grands organismes humanitaires internationaux soulignaient le coût environnemental et humain du projet. On retracera les principaux arguments avancés par les uns et les autres, en les replaçant dans une histoire plus longue des relations entre l’Etat indien et les populations concernées, pour mieux éclairer les enjeux profonds du dit ‘développement’.

 



« Travail et masculinités dans les mines artisanales du Sud-Katanga »

Le mardi 12 mars 2013, de 18h à 20h

Jeroen Cuvelier, Docteur en anthropologie sociale et culturelle (Université de Leuven) 

Comme l'exploitation minière artisanale au Katanga est une activité exclusivement masculine, ce secteur se prête très bien à une étude sur les rapports entre le travail et la masculinité. Ce rapport a beaucoup changé au cours du XX°siècle. Pendant la période coloniale, le Katanga est devenue l'une des régions les plus industrialisées de l'Afrique sub-saharienne. Plusieurs générations de Katangais ont grandi avec l'idée qu'en travaillant pour les grandes entreprises coloniales telles que l'Union Minière du Haut-Katanga (UMHK), ils pouvaient obtenir le respect, l'admiration et le prestige. Celui qui avait accès à un travail rémunéré (kazi) se savait assuré d'obtenir non seulement un salaire mensuel, mais aussi les rations alimentaires, l'enseignement et les soins de santé pour toute la famille. Ainsi a été créé l'idéal de l'homme gagne-pain. La population du Katanga estimait que les hommes pouvaient prouver leur masculinité en subvenant aux besoins de leur famille par le biais d'un travail salarié. A partir des années septante, les Katangais ont eu de plus en plus de difficultés à réaliser l'idéal de l'homme gagne-pain. En raison de différents facteurs, l'économie katangaise a commencé à connaître des difficultés de plus en plus graves jusqu'à ce que la situation ne devienne franchement catastrophique au cours des années nonante. L'argument principal avancé dans cette conférence est que les hommes katangais se sont jetés en masse sur l'exploitation minière artisanale parce qu'ils voulaient donner un nouveau contenu à la relation travail-masculinité. Si ces hommes partent pour les régions minières, c'est pour pouvoir se maintenir en vie, mais aussi pour pouvoir expérimenter de nouvelles manières d'être homme.

 


 

 

« La narration des rêves chez les Inuit du nord de la terre de Baffin : passé et présent »

 

Le mardi 26 mars 2013, de 18h à 20h

Guy Bordin, (Institut national des langues et civilisations orientales)

 

Le rêve est une expérience par essence individuelle, universelle, mais ce sont les cultures qui à travers le temps et l’espace lui ont donné sens et usage. L’expérience onirique possède la caractéristique d’être inévitable, tout en n’existant pour le rêveur que par son travail de mémoire et pour les « autres » par la narration qu’en fait ultérieurement le rêveur. Le récit du rêve est lui-même culturellement contraint, tant par sa forme que par les contextes de narration, sans oublier qu’au sein d’une même culture différentes conceptions du rêve peuvent cohabiter. Autant d’aspects qui montrent la complexité d’appréhension d’une expérience tout à la fois intime et sociale, culturellement balisée. Dans ce séminaire, je présenterai la façon avec laquelle les Inuit de l’Arctique oriental canadien ont traité cette expérience qui a relativement peu mobilisé les ethnologues du domaine inuit. J’aborderai essentiellement le rêve en tant qu’objet de narration, c’est-à-dire l’aspect social de l’expérience onirique, et on verra que, contrairement à ce qui se passait autrefois, la pratique narrative des rêves s’est fortement affaiblie, ce qui n’est pas sans conséquences. Dans cet exposé, je m’appuierai sur des données ethnographiques anciennes et récentes dont celles que j’ai recueillies au cours de mes séjours à Mittimatalik dans le nord de la terre de Baffin (Nunavut, Canada).

 


 

 

« La construction des ‘catorceños’ dans un contexte de complexité sociale. Pèlerins, ex-miniers, touristes, new agers à Real de Catorce, San Luis Potosí, (Mexique) »

Le mardi 23 avril 2013, de 18h à 20h

Neyra Alvarado, Enseignante-Chercheuse au Colegio de San Luis A.C.- Mexique / Professeure invitée, Chaire d’Etudes Mexicaines (IPEAT et Laboratoire d’Anthropologie Urbaine/IIAC, UMR 8177, CNRS/EHESS)

Depuis quelques années, la population de la municipalité de Catorce (San Luis Potosí, Mexique) est concernée par diverses transformations liées à la présence du peyotl dans la région. Ce cactus hallucinogène se trouve dans les plaines désertiques et dans le « Village Magique » de Real de Catorce, lieu touristique certifié par l’État mexicain et situé dans les montagnes. Ces deux lieux attirent des visiteurs, new agers et touristes, et, de leur côté, les habitants sont très impliqués dans le secteur touristique qu’ils concourent à développer.

Cette région était déjà soumise à une forte affluence de visiteurs au XIXè siècle en raison du Real de mines de Catorce, ainsi qu’au début du XXè siècle, en raison de la venue de pèlerins qui rendaient visite à Saint François. Actuellement, la cohabitation de la population de la région avec les « nouveaux » visiteurs génère des conflits et l’exclusion de uns ou des autres de divers contextes de vie de la région : quels sont les liens et les relations entre les résidents de Catorce et ces visiteurs ? Comment les processus d’inclusion et d’exclusion se déroulent-ils ? Comment se fabrique la différence au quotidien ?

 


 

 

« Le kimbanguisme, une Église prophétique entre dispersion et centralité »

Le mardi 30 avril, de 18h à 20h

Anne Mélice, Docteure en Sciences politiques et sociales (Université de Liège), Maître-assistante à la Haute École Libre Mosane de Liège et Maître de conférences à l'Université de Liège

Je m’emploierai à rendre compte des mouvements disruptifs ou de dispersion qui animent l’imaginaire, c’est-à-dire les croyances partagées, et les pratiques de l’Église kimbanguiste (EJCSK) depuis les années 1990 : l’apparition d’une hétérodoxie doctrinale, le surgissement de figures charismatiques en marge de l’Église (les Milimo), ainsi que la dissidence à l’œuvre dans l’Église depuis 2002. Je montrerai que l’Église s’emploie à contenir son risque d’éclatement en multipliant les opérations de recentrages théologiques, institutionnels et charismatiques, et cela jusqu’au sein de sa diaspora.

 



« "Jouer", c’est "faire" autre chose, ailleurs, autrement. Une notion multidimensionnelle sous l’éclairage des Jeux chamaniques sibériens »

Le mardi 7 mai, de 18h à 20h
Roberte Hamayon, Directeur d’études émérite à l’École Pratique des Hautes Etudes (EPHE, Paris), Membre du Groupe Sociétés Religions Laïcités (GSRL), Conférencière ordinaire de l’Institut des Sciences Humaines et Sociales pour l'année 2013
Conférence de l'Institut des sciences humaines et sociales (ISHS) et du Laboratoire d'anthropologie sociale et culturelle (Lasc)

 

Spontanément, nous associons « jouer » à enfance, amusement, frivolité. Pourtant cette notion se rencontre dans notre discours à beaucoup d’autres propos : du théâtre à la diplomatie ou à la spéculation boursière, ainsi qu’à propos du plus grand rituel du monde contemporain, les Jeux Olympiques.

L’analyse des « Jeux » des peuples sibériens – rituel chamanique sous l’empire des Tsars, fête sportive sous le régime soviétique, fête ethnique ou nationale depuis sa chute – met en lumière l’interdépendance entre les multiples dimensions de l’acte de jouer. Fondés sur l’imitation de conduites animales mais toujours en décalage avec la réalité, ils inculquent les valeurs qui fondent l’identité et induisent une attitude d’anticipation positive de l’avenir qui nourrit l’émotion et la croyance en la chance.

(Salle des Professeurs, Bât A1, Place du XX août, 4000 Liège)

 


 

 

“Business of Civil War: New Forms of Life in The Debris of the Democratic Republic of Congo”

Le jeudi 20 juin 2013, de 17h à 19h

Professeur Patience Kabamba (New-York) (ULg, Place du 20 août, Bât A2, 5e étage, local 11).
Présentation d'ouvrage. La présentation se fera en français.

 

A popular painting that is often seen in homes in the Congo depicts a man who is approached by a lion while he is cutting down a tree at the edge of a river. Climbing the nearly severed tree to escape, he encounters a python in the branches above him. Turning to jump into the river, he is confronted by a crocodile. He remains caught in a precarious situation with danger lurking on all sides and, seemingly, without a means of escape. He has lost hold of his rifle which is his best means of defense against these ferocious predators. The only words he could pronounce are: “Biliaki Ngai Bikoki”( I am finished! I am blocked! There is no way out for me!).

The message in this painting is poignant: life for most people in Africa continues to be a daily struggle for survival; competition in the struggle for upward mobility has become intense with dwindling, inflation-eroded rewards for success. And the state itself becomes more meddlesome and exploitive, giving far little return on taxes and licensing fees and making life generally unbearable for the masses. Independence from colonialism is sometimes referred to as being “Undanganifu Mukuu” (Great Depression)(Nelson 1992). But what is remarkable, however, is the people’s persistence, doggedness, hope- even ambition; and I find this most evident in the education and commercial sectors where they toil daily with a view to improving their lot. Their indomitable spirit is an inspiration and a sure evidence that we are at a standstill.